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Le prix de l’ombre sur la dette énergétique

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L’offensive lancée par le Ministère de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) dans les artères de Yaoundé et Douala soulève un voile sur une réalité économique brutale : la fraude électrique n’est pas un simple acte d’incivisme isolé, c’est un siphonnage méthodique des finances publiques. Derrière chaque câble de 25 mm² sectionné au quartier Nylon Nlongkak ou chaque « shunt » neutralisé à Douala, se cache un mécanisme d’asphyxie financière qui fragilise l’ensemble du secteur énergétique camerounais.

Un manque à gagner structurel

L’impact immédiat de ces réseaux clandestins se mesure en pertes non techniques. Lorsqu’un seul individu alimente illicitement 400 foyers, il crée un trou noir financier. Ces kilowatts consommés mais jamais facturés représentent des milliards de FCFA de recettes évaporées. Pour l’opérateur et l’État, ce déficit de trésorerie limite drastiquement les capacités de maintenance et de modernisation du réseau.

Cette hémorragie financière alimente directement la dette circulaire du secteur :

  • Déficit d’investissement : L’argent détourné par les « barons » de l’ombre est autant de capital qui ne sert pas à remplacer les transformateurs obsolètes ou à étendre le réseau vers les zones rurales.
  • Déséquilibre de la balance énergétique : L’énergie fraudée doit tout de même être produite et transportée, engendrant des coûts d’exploitation (combustible pour les centrales thermiques, entretien) que personne ne couvre.

L’injustice de l’équité tarifaire

Le maintien de réseaux parallèles crée une distorsion économique majeure. Pendant que des entreprises et des ménages respectent les règles, la fraude généralisée exerce une pression haussière sur les tarifs officiels. En somme, l’abonné honnête finit par supporter indirectement le coût de l’énergie volée par son voisin. Le cas de cet abonné à Nkolndongo, accumulant 500 000 FCFA d’impayés tout en restant connecté via un piquage sauvage, illustre parfaitement ce sentiment d’impunité qui mine le contrat social entre l’État et l’usager .

Risques techniques et coûts de reconstruction

Au-delà de la dette comptable, la fraude génère une dette technique. Les branchements sauvages, souvent effectués sans respect des normes de section, provoquent des surcharges sur les transformateurs de quartier. Ces équipements, sollicités au-delà de leur capacité nominale, s’usent prématurément ou explosent, entraînant des coûts de remplacement massifs et des interruptions de service pour les clients réguliers.

Type de FraudeConséquence ÉconomiqueImpact sur le Secteur
Réseaux clandestinsPerte sèche de revenusAugmentation de la dette de l’opérateur
Shunts industrielsSous-facturation massiveDéséquilibre des comptes publics
Surcharge techniqueDestruction de matérielCoûts de maintenance imprévus

Vers une assainissement indispensable

La transition vers le comptage prépayé et la mise en conformité forcée, comme observée chez certains grands comptes à Yaoundé, est la seule voie de sortie. Sécuriser les revenus du secteur est un impératif de souveraineté économique. Chaque kilowatt réintégré dans le circuit formel est un pas vers la réduction des subventions étatiques et une meilleure viabilité du modèle énergétique national.

L’électricité a un coût de production réel. Tant que le secteur sera percé par ces circuits occultes, la qualité du service restera l’otage d’une dette que seule la rigueur de l’abonnement et du comptage pourra résorber.

GAËL TSALA NKOLO

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