L’acte I des Bindol Sahel Awards, clos avec éclat à Garoua, consacre l’émergence d’un nouveau pôle de puissance culturelle au Cameroun. Porté par Bilba Djarou Donalson, l’événement a su transformer le cri des « voix des sans-voix » en une véritable force de frappe économique et structurelle. Loin d’être une simple parade mondaine, cette édition a irrigué le tissu urbain de Garoua — de l’hôtellerie au marketing — affirmant la viabilité de l’économie orange septentrionale. Sous l’égide académique du Pr Oumar Guedalla, l’initiative a jeté les bases d’une filière professionnelle où l’écrivain devient entrepreneur. Si la plume sahélienne impose désormais son autorité, le silence des institutions financières face à ce gisement de croissance reste la seule fausse note d’un réveil intellectuel que plus rien ne semble pouvoir occulter.

L’acte I des Bindol Sahel Awards s’est achevé à Garoua sur une note qui dépasse largement le cadre d’une simple cérémonie de récompenses. Ce rendez-vous, porté avec une acuité stratégique par Bilba Djarou Donalson, marque un tournant : celui de la fin de la périphérie littéraire pour le septentrion camerounais. En érigeant une plateforme dédiée à la « voix des sans-voix », cet événement ne se borne pas à célébrer des talents ; il installe un nouveau pôle d’autorité culturelle au cœur du Sahel.
La force de cette première édition réside dans son refus de l’incantation romantique. Trop souvent, la culture est perçue sous le prisme de la dépense d’agrément. À Garoua, l’approche fut tout autre : structurelle, pédagogique et, par-dessus tout, économique. Du Lycée Bilingue au Théâtre de verdure de l’Alliance Française, le parcours de ces Awards a démontré que le livre est un objet social total, capable d’irriguer l’économie locale.
L’impact est d’abord mesurable dans le tissu urbain
Le bond de l’activité hôtelière et la sollicitation des services de transport durant ces deux jours témoignent de ce que nous appelons désormais l’économie orange. Mais le véritable dividende est ailleurs : il réside dans la professionnalisation d’une filière. En réunissant infographistes, éditeurs et universitaires sous la direction d’un jury rigoureux présidé par le Pr Oumar Guedalla, l’événement a transformé l’acte d’écrire en un projet entrepreneurial viable.
C’est ici que le bât blesse et que notre regard se tourne vers les institutions financières. Le succès populaire et médiatique des Bindol Sahel Awards jette une lumière crue sur l’absence du secteur bancaire. Si la plume sahélienne a prouvé sa capacité à mobiliser les foules et à générer de la valeur, pourquoi les banques locales hésitent-elles encore à investir dans le manuscrit ? Le droit d’auteur et la propriété intellectuelle sont des actifs réels. Ignorer ce marché, c’est faire preuve d’une myopie économique dommageable à l’heure où la diversification des revenus est un impératif national.
Garoua vient de prouver que le Septentrion n’a plus besoin d’être « intégré » au paysage littéraire national ; il en est désormais l’un des moteurs les plus dynamiques. L’enjeu pour l’acte II sera de transformer cette effervescence en un système pérenne. Le verbe s’est levé au Sahel ; il appartient maintenant aux décideurs, publics comme privés, de comprendre que l’avenir de la croissance camerounaise passera aussi par l’intelligence de ses écrivains et la scansion de ses slameurs.
GAËL TSALA NKOLO