Alors que l’administration centrale camerounaise a réussi sa mutation numérique, les collectivités territoriales décentralisées (CTD) souffrent encore d’une fracture technologique qui freine le développement local. Pour y remédier, le gouvernement et le PNUD organisent ce 2 juin 2026 à Yaoundé une table ronde des bailleurs de fonds. Ce rendez-vous stratégique vise à financer le programme DIGI-CoR, une feuille de route axée sur l’e-gouvernance pour transformer la décentralisation théorique en un levier d’impact économique et social.

La trajectoire institutionnelle du Cameroun s’inscrit, depuis la réforme constitutionnelle de 1996, dans une volonté de refondation territoriale. La décentralisation, réaffirmée par la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30), ne relève plus d’une simple option de gouvernance, mais d’une doctrine de modernisation de l’action publique. Elle postule que l’efficacité de l’État se mesure à sa capacité de transférer, de manière effective, compétences et ressources vers les Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD). Toutefois, l’exercice de ces compétences se heurte aujourd’hui à un défi structurel : celui de l’asymétrie technologique entre l’administration centrale et les territoires.

Pendant que le pouvoir central opérait une mutation interne remarquable à travers la dématérialisation de ses procédures sectorielles, les municipalités et les régions sont restées, pour l’essentiel, en marge de cette dynamique. L’introduction de systèmes tels que le COLEPS pour la commande publique ou SYDONIA pour les douanes a démontré l’impact positif du numérique sur la transparence et le rendement macroéconomique. Pour les collectivités locales, s’aligner sur cette trajectoire n’est plus une question d’opportunité administrative, mais une condition de viabilité politique et économique. Sans une infrastructure numérique homogène, la promesse d’un développement local équitable risque de se dissoudre dans les disparités géographiques.

C’est précisément à l’intersection de cette exigence d’équité et de modernisation que se déploie le Programme National de Digitalisation des Communes et des Régions, baptisé DIGI-CoR. Conçu dans le prolongement de l’Atelier National d’avril 2025, ce programme structure une ambition claire : rationaliser la gestion des ressources locales pour offrir aux citoyens des services publics fiables, sécurisés et accessibles. À travers ses quatre piliers fondateurs — qui lient le cadre normatif aux infrastructures matérielles, et l’interopérabilité des données à la formation des acteurs — le DIGI-CoR ambitionne de refonder la relation entre l’administré et l’institution locale, en substituant à la lourdeur bureaucratique la fluidité de l’e-gouvernance.

La mise en œuvre d’une telle réforme requiert cependant une ingénierie financière et technique qui dépasse les seules capacités budgétaires initiales des CTD. L’organisation, sous les auspices du Ministère de la Décentralisation et du Développement Local et avec le concours du Programme des Nations Unies pour le Développement, d’une table ronde des partenaires financiers ce 2 juin 2026 à Yaoundé, constitue le pivot opérationnel de cette stratégie. Il s’agit d’édifier une plateforme de convergence où l’État, les agences bilatérales, les institutions multilatérales et les opérateurs majeurs du secteur privé s’engagent autour d’une feuille de route commune. La transformation digitale de l’architecture territoriale camerounaise appelle une responsabilité partagée ; elle conditionne la transition d’une décentralisation de principe à une décentralisation d’impact.
GAËL TSALA NKOLO




