L’Université francophone africaine face aux classements mondiaux : diagnostic d’une fracture systémique

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Alors que les classements universitaires mondiaux consacrent la domination des pôles anglophones, l’enseignement supérieur en Afrique subsaharienne francophone accuse un retard structurel préoccupant. Entre l’obsolescence du modèle jacobin, les barrières linguistiques et les défaillances de gouvernance, le système piloté par le CAMES peine à transformer ses titres académiques en impact scientifique réel. Analyse d’une crise de visibilité qui impose une réforme systémique pour arrimer les universités du continent aux standards de l’excellence internationale .

Le Conseil Africain et Malgache pour l’Enseignement Supérieur (CAMES), institution cinquantenaire née à Niamey en 1968, interroge aujourd’hui son avenir. Si l’organisme a réussi sa mission historique de structuration des carrières et de sédimentation des grades académiques, la solidité de cet appareil bureaucratique peine à générer une visibilité scientifique internationale. Le diagnostic de l’analyste Donald Koffi révèle une déconnexion entre la production de titres et l’impact réel de la recherche.

Le paradoxe de la performance isolée

Les chiffres du Classement de Shanghai 2025 confirment le recul de l’Afrique, avec seulement 17 institutions dans le top 1000 mondial. L’Afrique subsaharienne francophone reste absente de ce sommet, dominé par les pôles anglophones et arabophones.
Au Cameroun, l’Université de Yaoundé I maintient une certaine présence. Classée 1321ème mondiale par le CWUR, elle occupe le 27ème rang africain. Ce positionnement lui permet de dominer l’Afrique Centrale selon Webometrics, mais souligne l’écart avec les standards globaux. Si les universités de Buea (82ème africaine) et de Dschang (98ème) figurent dans les classements, elles demeurent des exceptions dans un système qui peine à généraliser l’excellence.

Un modèle structurellement inhibiteur

Le malaise provient de la nature même du modèle académique. Le système, hérité des structures françaises, privilégie la validation statutaire au détriment de la dynamique concurrentielle. Le CAMES gère les carrières, mais n’intervient pas sur deux fronts critiques : le financement de la recherche et l’incitation à la publication internationale.
Les critères de Shanghai exigent des publications dans des revues de référence, des citations massives et des distinctions internationales. Les universités francophones affrontent ici un double handicap :

La barrière linguistique : L’anglais domine la science mondiale, réduisant mécaniquement le taux de citation des chercheurs francophones.

L’organisation de la recherche : Contrairement au modèle anglo-saxon irrigué par le secteur privé, le modèle francophone dépend de budgets étatiques souvent limités.

Gouvernance et réforme

Le mal est aussi endogène. Le diagnostic pointe des défaillances de gouvernance : clientélisme, absentéisme et gestion administrative aléatoire. La production de professeurs de haut rang dans un système aux infrastructures défaillantes fragilise la crédibilité de ces institutions. À l’inverse, des puissances comme la Chine ou la Corée du Sud progressent grâce à des investissements massifs (2 à 3 % du PIB) et une internationalisation agressive.

L’enjeu dépasse la statistique. Il s’agit de définir le rôle de l’université dans le développement du continent. À l’heure de l’économie du savoir, l’absence de politiques nationales ambitieuses condamne les institutions à la périphérie. Pour devenir un moteur d’innovation, une réforme systémique est nécessaire. Le défi consiste désormais à bâtir des écosystèmes capables de rivaliser avec les meilleurs standards mondiaux.

GAËL TSALA NKOLO