L’un des plus grands trésors du Cameroun, le gisement de fer de Nkout, est aujourd’t au cœur d’une saga judiciaire et financière internationale qui expose au grand jour les manœuvres opaques ayant conduit à la quasi-perte d’un patrimoine national inestimable. Situé près de Djoum dans la région du Sud, ce gisement, avec ses réserves estimées à plus de 2,7 milliards de tonnes d’un minerai à haute teneur, représente une promesse de prospérité colossale pour des générations de Camerounais. Une promesse aujourd’hui suspendue à une décision de justice à Londres, loin des regards du peuple camerounais, premier lésé de cette affaire.
De la promesse au fiasco : L’ingénierie d’une débâcle
L’histoire commence par une décision pour le moins curieuse : l’attribution de ce joyau minier à CAMINEX, une société de droit camerounais. Derrière cette entité locale se cache en réalité la filiale d’une nébuleuse société britannique, International Mining and Infrastructure Corporation (IMIC). Dépourvue d’expérience solide et de capitaux propres suffisants pour un projet de cette envergure, IMIC correspond parfaitement à ce que le jargon minier nomme une “junior mining company”.
Le stratagème, désormais tristement célèbre en Afrique, est simple. Ces petites sociétés, souvent bénéficiant de complicités au plus haut niveau, obtiennent des permis d’exploration ou d’exploitation sur des gisements de classe mondiale. Fortes de ces actifs inscrits à leur bilan, elles acquièrent une crédibilité artificielle sur les marchés financiers. L’objectif n’est pas d’extraire le minerai, mais de lever des fonds.
IMIC a joué ce scénario à la perfection. Sous prétexte d’investir dans le développement de la mine de Nkout, la société a emprunté des sommes colossales, estimées à environ 400 millions de dollars (près de 200 milliards de Francs CFA), sur les places financières et boursières internationales. Puis, comme un mirage dans le désert, IMIC s’est effondrée, se déclarant en faillite et laissant derrière elle un projet mort-né et des dettes abyssales.
Une bataille de créanciers sur les ruines du rêve camerounais
La faillite d’IMIC a transformé la mine de Nkout, patrimoine du peuple camerounais, en un simple “actif” à saisir. Une bataille féroce s’est alors engagée entre les créanciers pour récupérer leur mise.
D’un côté, la Banque Centrale Libyenne, représentée au Cameroun par M. Elias Fungong. Se positionnant comme le principal créancier, la banque entend prendre le contrôle de la mine pour se rembourser. De l’autre, un consortium d’investisseurs locaux mené par une figure de la célèbre famille Mukete, à la tête de la société d’investissement Caisse Capital Limited. Ce groupe revendique également les droits d’IMIC sur le gisement, arguant d’un investissement de 5 millions de dollars (environ 2,4 milliards de Francs CFA).
Le théâtre de cet affrontement n’est pas un tribunal camerounais, mais une cour de justice à Londres. L’État du Cameroun, pourtant propriétaire légitime du sous-sol, brille par son absence dans cette procédure qui décidera de l’avenir de l’une de ses plus grandes richesses.
L’ampleur d’un drame national aux chiffres vertigineux
Pour saisir l’étendue du désastre, il faut mesurer le potentiel économique en jeu. Sur la base d’un prix moyen conservateur, la valeur brute des 2,7 milliards de tonnes de fer de Nkout pourrait être estimée à 135 000 milliards de Francs CFA.
Mais le véritable enjeu, la vision stratégique qui devrait guider toute politique de développement, réside dans la transformation locale. Si le Cameroun se dotait de la capacité de transformer ce fer en acier avant de l’exporter, les revenus générés pourraient dépasser les 1 350 000 milliards de Francs CFA. Une manne financière phénoménale, capable de financer les infrastructures, la santé, l’éducation et de propulser le pays au rang des premières puissances économiques africaines pour les décennies à venir.
Face à ces chiffres, une question brûle les lèvres : les décideurs camerounais qui ont validé l’octroi de ce permis à une société sans garanties mesurent-ils l’ampleur du drame qu’ils ont engendré ? Étaient-ils ignorants du modèle prédateur des “junior mining”, ou complices d’un système conçu pour brader les richesses du continent ?
Appel à un sursaut patriotique et à la responsabilité
L’affaire de la mine de Nkout est un cas d’école de la mauvaise gouvernance des ressources naturelles. Elle illustre comment un potentiel de développement exceptionnel peut être anéanti par des décisions prises avec une légèreté coupable, au détriment de l’intérêt général.
Il est impératif que les autorités camerounaises sortent de leur silence et de leur passivité. Le patrimoine commun du peuple camerounais doit être protégé. La première étape, et la plus logique, serait l’annulation pure et simple de ce permis minier, délivré dans des conditions opaques à une entité qui a prouvé son incapacité et sa mauvaise foi.
Le Cameroun doit reprendre en main son destin et affirmer sa souveraineté sur ses ressources. Le fer de Nkout ne doit pas être la récompense de financiers à Londres, mais le moteur d’un avenir prospère pour tous les Camerounais. L’heure n’est plus aux batailles d’experts dans les prétoires étrangers, mais à une décision politique courageuse pour sauver ce qui peut encore l’être.
GAËL TSALA NKOLO
