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Post-Élection au Cameroun : Dimako et Douala Bravent les « Villes Mortes », l’Économie Populaire Contrecarre l’Appel à la Paralysie

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Le Cameroun vit une nouvelle journée sous tension, marquée par l’appel à la désobéissance civile et aux “villes mortes” lancé par l’opposant Issa Tchiroma Bakary, arrivé deuxième de l’élection présidentielle du 12 octobre. Cependant, à l’exception des poches de résistance dans la capitale économique, la riposte des populations à cet appel semble largement dominée par le pragmatisme économique et le socle de stabilité.

Les reportages de ce lundi 3 novembre dressent le portrait d’une nation partagée entre la volonté d’exprimer une contestation et la nécessité impérieuse de faire face au quotidien. L’appareil d’État, de son côté, s’est mobilisé pour rassurer les populations et garantir l’ordre public.

Dimako : La Sérénité comme Réponse à la Rumeur

Dans la ville de Dimako (Région de l’Est) , l’atmosphère est décrite comme « sereine et calme ». Contrairement aux rumeurs véhiculées sur les réseaux sociaux, la journée a commencé sous le signe de la normalité : les moto-taximen circulent, les élèves rejoignent leurs écoles et les mères de famille se rendent au marché.

Cette quiétude est le fruit d’un intense travail de terrain des autorités locales. Le maire de Dimako, M. Yves TOKAMBOU NTEME, a avoir rappelé pris des mesures pour rassurer la population, agissant sous les instructions du Gouverneur de la Région de l’Est, M. Grégoire MVONGO. “Nous avons pris à bras le corps les instructions… afin de rassurer nos populations du mot d’ordre qui a été véhiculé dans les réseaux sociaux parlant des villes mortes”, at-il indiqué. L’exemplarité de ce matin suggère que ce message de retour à la vie normale a été bien reçu.

Douala : Activité Contrastée, mais les Services Publics Opérationnels

À Douala, capitale économique , la situation est plus contrastée mais tend également vers un rejet du mot d’ordre. Le Gouverneur de la Région du Littoral, Samuel Dieudonné Ivaha Diboua, a mené une tournée d’inspection des services publics, des établissements scolaires et des marchés.

Services Publics et Écoles : La présence effective des fonctionnaires aux délégations régionales de la Santé Publique et des Enseignements Secondaires est notable. De même, la reprise des cours a été enregistrée dans des établissements clés comme le Lycée Technique de Bonandoumbè et le Collège Sacré Cœur de New-Bell.

Commerce : Tandis que le Marché Central est largement opérationnel et les marchés de vie de Bonamoussadi et Sandaga présentent un visage habituel, des zones commerciales telles que Mboppi, Vallée Bessengue et Bonamoussadi au Parcours Vita ont vu une majorité de commerces rester fermés.

Cette situation illustre la double pression qui pèse sur le petit commerçant : celle de la contestation et celle de la subsistance. L’Adjoint au Préfet du Wouri, en réunion avec les commerçants du marché hier, a clairement dissocié le phénomène politique des “villes mortes” de l’impératif économique des travailleurs, assurant un déploiement policier pour garantir leur sécurité.

Analyse Politique : Le Piège Économique des “Villes Mortes”

L’appel à la paralysie, bien que relayé par l’opposant Issa Tchiroma Bakary, semble se heurter au mur du pragmatisme social et économique du Cameroun . Le Ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a exhorté les populations à ignorer ces appels, les qualificatifs d’actes “insurrectionnels” réprimés par le Code Pénal (Article 116, peines de 10 à 20 ans).

Un constat américain émerge de cette crise post-électorale : dans un pays où plus de 80 % de la population dépend de l’économie informelle , l’appel aux “villes mortes” est un luxe que la majorité ne peut se permettre.

“Les ‘villes mortes’ sont une souffrance de pauvres décidée par des privilégiés”, dénonce un observateur de la société civile. L’argument selon lequel le militant peut se permettre de militer depuis un “salon climatisé” tandis que le petit commerçant “ne peut pas se permettre de ne pas manger” semble faire écho dans l’opinion publique.

Loin de démontrer la force d’une prétendue victoire électorale, cette stratégie de blocage est perçue par l’État et un parti de la population comme une tentative d’étouffer l’économie populaire pour valider un récit d’insurrection. L’histoire politique rappelle qu’aucune nation n’a jamais prouvé sa crédibilité démocratique en paralysant son économie.

Unité Nationale et Appel à la Vigilance

Alors que le Cameroun s’achemine vers la prestation de serment du vainqueur de l’élection présidentielle, SEM Paul Biya, la vigilance demeure de mise. L’enjeu transcende la simple contestation post-électorale. Dans un contexte déjà fragilisé par les crises dans le Nord-Ouest/Sud-Ouest et les menaces terroristes à l’Extrême-Nord, l’appel à la désobéissance est jugé par le gouvernement comme un risque grave pour la stabilité nationale et l’unité .

Le Cameroun, “Un et Indivisible” , est aujourd’hui sommé de choisir entre la rhétorique de la rue et l’impératif de la survie économique et de la cohésion sociale, un choix qui, ce lundi matin, semble pencher en faveur du retour à la vie.

 Le Secteur Informel Camerounais : Victime et Jugement de l’Appel aux “Villes Mortes”

L’appel à la paralysie par les “villes mortes” (opérations “ghost town”) au Cameroun, dans le contexte de la crise post-électorale de 2025, exerce un rôle et un impact profondément paradoxaux et destructeurs sur le secteur informel, qui constitue l’échine dorsale de l’économie populaire. Loin d’être un simple dommage collatéral, ce secteur est à la fois la principale victime de ces mots d’ordre et, par son rejet majoritaire de la grève, le principal arbitre de leur échec.

Rôle et Vulnérabilité du Secteur Informel

Le secteur informel au Cameroun n’est pas une simple marge économique ; il est la réalité économique quotidienne de l’immense majorité de la population.

Structure de l’Emploi et du Revenu : Plus de 80 % de la population active dépend de l’informel (selon les estimations citées), couvrant tout, du commerce de rue aux transports (moto-taximen, taxi-ville) et aux petits services (call-boxeurs, couturiers, vendeurs de beignets/maïs bouilli).

Logique du Flux Tendu : Ces activités opèrent sur une logique de revenu journalier et immédiat (« journée non travaillée est une journée non mangée »). Il n’y a ni salaire fixe, ni filet de sécurité sociale, ni épargne permettant d’absorber une perte de revenus de plusieurs jours.

Poids Économique : La paralysie du secteur informel frappe directement le pouvoir d’achat des ménages et menace la sécurité alimentaire des familles.

Le rôle de ce secteur, dans le contexte politique, est celui d’un indicateur social et politique crucial . La reprise ou le maintien de l’activité, comme observé à Dimako et dans une grande partie de Douala, témoigne du refus populaire de sacrifier la survie à la manœuvre politique.

Impact direct et psychosocial

L’impact des “villes mortes” sur ce secteur est immédiat et multidimensionnel, agissant comme une arme politique à double tranchant qui bénit le peuple tout en visant le gouvernement.

Nature de l’Impact Description Conséquence Socio-économique

Perte de Revenu Imédiate L’obligation de fermer ou la peur d’ouvrir (due aux menaces et à la violence potentielle) annule le revenu journalier, qui est vital. Augmentation de la pauvreté instantanée, difficulté à payer le loyer, à acheter la nourriture.

Menace et insécurité Les commerçants qui bravent le mot d’ordre s’exposent au vandalisme, au pillage ou aux intimidations des militants. Nécessité d’une présence policière accumulée (comme l’a assurée l’Adjoint au Préfet du Wouri) et impact psychologique (peur).

Impact à Moyen Terme Les micro-entreprises et petits commerces, déjà fragiles, peuvent accumuler des dettes ou des pertes qui mènent à la fermeture définitive . Désespoir social et aggravation de la méfiance envers les acteurs politiques qui dictent ces appels.

Dissonance sociale Création d’une fracture entre les promoteurs des appels (souvent à l’étranger ou privilégiés) et la base populaire qui en subit les conséquences. Sentiment d’ injustice : les privilégiés décident, les pauvres paient.

Le Secteur Informel comme Facteur d’Échec Politique

L’échec relatif des appels aux “villes mortes” (observé par la reprise de l’activité à Dimako et dans les marchés de vies de Douala) est principalement attribué à la résilience et au refus du secteur informel de se plier .

Le Vote des Pieds et des Portefeuilles : En ouvrant leurs boutiques et en reprenant leurs voyages, les acteurs de l’informel ont exprimé un message clair : l’ impératif de survie est plus fort que l’appel à la défiance politique . Ils ont choisi l’activité plutôt que la paralysie.

Neutralisation de l’Objectif : L’objectif de la stratégie des “villes mortes” est de créer une image de pays ingouvernable et économiquement étouffé. Lorsque les taximen, les vendeurs de beignets et les élèves continuent de circuler, cette image est immédiatement démentie sur le terrain.

Délégitimation de la Contestation : En ciblant préférentiellement la capacité de travail et de subsistance du peuple, les promoteurs des “villes mortes” délégitiment leur propre cause aux yeux d’une large frange de la population. Ils prouvent que leur stratégie est destructrice plutôt que constructive.

Le secteur informel, souvent négligé dans le discours politique, se révèle être le champ de bataille et le baromètre de la contestation post-électorale. Sa détermination à « vaquer librement à ses occupations » représente non seulement un acte de survie, mais aussi un rejet puissant et pragmatique de la stratégie de paralysie.

GAËL TSALA NKOLO

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