Présidentielle 2025 : À Ngong, le vote du Maire expose la délicate tension entre civisme républicain et zèle partisan

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La Présidentielle 2025 a débuté ce matin au Cameroun dans une atmosphère de sérénité républicaine, mais non exempte de la tension sourde et structurante qui caractérise les démocraties en transition. À Ngong, dans le Nord, le geste du premier magistrat local, M. Hamadou Ahiwa, Maire de la commune, a servi de catalyseur, illustrant l’équilibre précaire entre l’accomplissement du devoir civique et les impératifs de la compétition électorale.

Le Rôle-Modèle Républicain : Le Maire et la Liturgie du Vote

C’est à 9h précises, sous l’œil des observateurs nationaux et internationaux et des médias, que le Maire Ahiwa a voté au Lycée Classique de Ngong. Très détendu et affichant une décontraction étudiée, M. Ahiwa s’est rigoureusement conformé au protocole : vérification de l’identité, présentation des cartes, remise des bulletins, passage à l’isoloir, introduction de l’enveloppe dans l’urne, apposition des empreintes digitales et de l’encre indélébile, signature.

Ce respect scrupuleux des étapes par le premier magistrat n’est pas anodin. Dans un contexte électoral souvent miné par les soupçons de fraude ou d’irrégularités, le passage du Maire par ce rite démocratique agit comme un puissant signe de légitimation du processus. Il pose un exemple civique fort, incitant les 337 électeurs de ce bureau à suivre son « devoir citoyen » dans une « ambiance conviviale » et sous le signe d’une « sérénité absolue », comme constaté dans l’arrondissement de Ngong .
Le Maire endosse ici sa fonction symbolique d’éducateur civique, renforçant la confiance dans les institutions électorales.

Le Contrepoint de la Compétition : Quand le Zèle Dépasse la Loi

L’image de parfaite discipline républicaine fut cependant fissurée, peu après, par une flambée de tensions révélatrices de la micro-politique de l’élection. La tranquillité apparente du scrutin est en effet le théâtre d’une confrontation constante entre les acteurs partisans.

Dans le bureau de vote de l’école publique de Ngong, les dénonciations véhémentes de Dieudonné Massaï, le PCC «Président de Comité Communal» du PCRN pour Ngong, ont mis en lumière la frontière ténue entre le travail militant permis et la manœuvre illégale.

Massaï a pointé du doigt des tentatives d’influence illicite et de fraude se manifestant par l’arrivée tardive d’individus cherchant à se « camoufler » parmi les électeurs pour donner des consignes de vote explicites, notamment « à partir de 16 heures 17 heures ». Il cite un cas flagrant : une femme, après avoir été aidée à retrouver son nom sur la liste, se serait vu enjoindre de « voter la couleur de son habit », le jaune, une couleur potentiellement associée à une formation politique spécifique.

Ce type d’incident expose la pathologie de la fin de scrutin : le passage de la période de campagne «autorisée jusqu’à la veille» à la période de silence «strictement obligatoire le jour du vote». La dénonciation de M. Massaï – « on nous a déjà donné deux semaines et aujourd’hui c’est interdit catégoriquement de dire à un votant de faire le choix » – est un rappel cinglant des règles démocratiques. Elle révèle surtout l’échec de certains « représentants de bureaux » ou agents d’ELECAM à faire respecter le silence électoral, permettant à la pression partisane de s’exercer au cœur même du processus de vote.

Au-Delà de Ngong : Une Lecture Politique

L’épisode de Ngong est un microcosme. Il synthétise les défis fondamentaux de la Présidentielle camerounaise : d’une part, l’aspiration manifeste à un vote ordonné et légitime, incarnée par le geste du Maire ; d’autre part, la persistance de pratiques militantes qui cherchent à contourner l’esprit et la lettre de la loi électorale, illustrant la faiblesse de la culture institutionnelle chez certains acteurs.

Le zèle du scrutateur, qui scande qu’il « ne veut pas de fraude » et rappelle qu’il n’est pas permis de travailler au « dernier jour », et l’indignation du représentant du PCRN face à l’indication de vote par la couleur, témoignent d’une vigilance citoyenne et partisane. Cette vigilance, bien que parfois bruyante, est un signe encourageant de la vitalité de la compétition démocratique et de l’exigence croissante de transparence par la base. Le défi pour les heures à venir résidera dans la capacité des organes électoraux à garantir que la sérénité affichée ne soit pas un simple vernis, mais bien le socle sur lequel reposera la légitimité du scrutin.

GAËL TSALA NKOLO