À l’aube d’une élection présidentielle charnière le 12 octobre 2025, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC) orchestre une offensive stratégique aux États-Unis, métamorphosant l’appel traditionnel au vote en une puissante interpellation civique et économique. Loin de se cantonner à la simple propagande électorale, la mission menée par l’éminente Yah Judith Achidi Achu, accompagnée du Dr. Kinge Monono, redéfinit le rôle de la diaspora américaine, la sommant de transmuter son statut de « simples émetteurs » de fonds à celui d’ardents « bâtisseurs » de la nation. Cette campagne, d’une acuité rhétorique remarquable, décortique les paradoxes de l’engagement diasporique face à l’urgence de la crise et l’impératif de l’investissement productif.

Le Contrat Électoral : Du Droit de Vote à l’Injonction d’Investir
La délégation du Comité Central du RDPC a déployé un discours politique doublement stratifié. En guise de prélude, elle a brandi la concrétisation du droit de vote pour la diaspora en 2011 comme une preuve tangible de la « sagesse » du Président Paul Biya, présenté systématiquement comme le « garant de la paix et du développement durable ». Cette réappropriation historique sert de fondement à une exigence nouvelle et plus pressante : celle de l’investissement.
La question sensible de la double nationalité fut habilement relativisée. Le message est d’une clarté chirurgicale : si des investisseurs internationaux majeurs, tel le milliardaire nigérian Aliko Dangote, injectent des capitaux massifs au Cameroun sans double citoyenneté, l’argument de la non-acquisition de ce statut ne saurait plus retenir les élites camerounaises des États-Unis. Yah Judith Achidi Achu et ses pairs lancent ainsi un appel sans ambiguïté : « venir et, avec le Président Paul BIYA, construire notre pays ! » L’objectif affiché est de faire de ce « trésor de compétences » un moteur d’investissement productif, dépassant le seul cadre des transferts financiers traditionnels.
L’analyse de la crise sociopolitique dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a occupé le cœur de l’allocution, révélant une stratégie de communication visant à isoler l’opposition radicale. Tout en esquissant une reconnaissance de la « particularité anglo-saxonne », le parti au pouvoir a dénoncé avec une rare virulence la « destruction progressive » engendrée par les violences sécessionnistes.
L’interpellation des intellectuels de la diaspora américaine est devenue frontale : « La diaspora composée d’intellectuels (…) est-elle fière de présenter le pays qu’elle est en train de détruire au lieu de le construire ? » Cette rhétorique percutante vise à dédouaner l’État d’une partie de l’inertie en renvoyant la responsabilité des drames humains et du déplacement massif des populations à l’inaction ou au soutien indirect des radicaux au sein de la diaspora. C’est un puissant appel à la responsabilité citoyenne qui cherche à transcender les clivages partisans au nom de l’unité nationale.
Le Paradoxe des Mécanismes Inutilisés : Critique de l’Apathie Diasporique
L’aspect le plus incisif de cette offensive réside dans la critique directe de l’apathie de la diaspora face aux mécanismes d’incitation à l’investissement mis en place par l’État. La délégation a spécifiquement pointé du doigt :
Le PARIJEDI (Programme d’Aide au Retour et à l’Insertion des Jeunes de la Diaspora) : Un dispositif d’appui financier et de conseil ignoré.
L’Ordonnance n°2025/002 : Une loi offrant des exonérations fiscales et douanières majeures, sous-utilisée par la communauté camerounaise aux USA.
La plateforme Icud-Diaspora de la Communauté Urbaine de Douala, qui constate une participation « quasi inexistante » des ressortissants américains.
Cette argumentation déplace le débat : l’échec de l’engagement financier productif n’est plus imputé à l’inertie gouvernementale, mais à l’inaction de la diaspora elle-même. C’est une tactique habile pour forcer la communauté expatriée à s’interroger sur sa propre part de responsabilité dans la stagnation économique.
La « Flamme Ardente » pour la Continuité et la Stabilité
Le bilan des réalisations (infrastructures comme la route Babadjou-Bamenda, essor numérique, amélioration de la santé) fournit le socle sur lequel repose l’appel final. En conclusion, la délégation de Yah Judith Achidi Achu a sommé les expatriés de devenir « des bâtisseurs, des innovateurs, des investisseurs et des ambassadeurs du Cameroun » en votant massivement pour le « bulletin blanc vierge à l’effigie du Président Paul BIYA et de la flamme ardente ».
L’objectif ultime est double : garantir une « victoire claire, retentissante, indiscutable » le 12 octobre et consolider le leadership du Président Biya comme le rempart indispensable à la paix et à l’unité. Cette offensive du RDPC marque un tournant dans la stratégie électorale du parti : elle cherche non seulement à sécuriser le vote de la diaspora, mais surtout à la transformer en un levier économique concret, interpelant l’élite américaine sur son devoir national face à une stabilité présentée comme l’argument de campagne suprême.
GAËL TSALA NKOLO