Le lancement de la campagne présidentielle du 12 octobre 2025 dans la région du Nord ne s’est pas limité à une simple formalité électorale. Il a plutôt servi de démonstration magistrale de la puissance et de l’ingénierie politique du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Ce bastion historique, qui constitue le socle de l’ancrage sociopolitique du parti au pouvoir, est devenu le théâtre d’une offensive dont l’ambition est claire : obtenir un plébiscite par anticipation pour le président sortant, Paul Biya. L’analyse de cette mobilisation révèle une stratégie à la fois classique et audacieuse, reposant sur la rhétorique de la continuité et une ambition chiffrée sans précédent.

La légitimité historique et la rhétorique de la continuité
La fidélité de la région du Nord au RDPC est présentée non pas comme une simple adhésion, mais comme une légitimité historique, un pacte inébranlable entre le parti et ses bases. La déclaration solennelle du Lamido de Rey Bouba, “nous n’avons jamais failli”, cristallise cette dynamique. Elle inscrit la campagne dans une dimension quasi-sacrée, où le soutien est une question d’honneur et de tradition. Le message central, martelé par les cadres du parti, est d’une redoutable simplicité :Paul Biya est l’unique garant de la stabilité et du progrès. Cette rhétorique rassurante trouve un écho favorable et justifie la consolidation d’un front uni avec les alliés politiques tels que l’ANDP, le MDR, l’ACC et l’UDC, solidifiant un bloc conservateur autour du candidat.
L’objectif du 100 % : entre ambition et discipline partisane
Le point le plus saillant et le plus commenté de cette stratégie est sans conteste l’objectif affiché de «collecter 100 % des votes» dans chaque circonscription. Qualifié de “mission sacrée”, ce pari audacieux transcende le cadre habituel de la compétition électorale pour devenir une injonction de discipline partisane. Ce n’est plus seulement une question de victoire, mais de domination totale et incontestable. Le Nord-Cameroun se mue ainsi en un laboratoire politique où l’efficacité de l’appareil du RDPC sera testée à l’extrême.La présentation méticuleuse des réalisations du chef de l’État dans la région vise à fournir une justification tangible à cette fidélité attendue, transformant la soumission politique en un choix rationnel basé sur des «bénéfices concrets».
La dichotomie stratégique : terrain contre digital
Parallèlement à cette mobilisation massive sur le terrain, une seconde facette de la campagne a vu le jour : la stratégie digitale. Le lancement de la campagne de Paul Biya sur les réseaux sociaux, avec le slogan percutant «Le septennat des Grandes Espérances», révèle une dichotomie stratégique. Elle témoigne d’une volonté de moderniser la communication du parti et de toucher une audience plus jeune, habituée aux codes numériques.La déclaration du président, empreinte d’humilité et de dévouement, vise à humaniser le candidat et à rappeler aux électeurs que, malgré ses 43 ans au pouvoir, son projet politique est loin d’être achevé. C’est une manière de répondre aux critiques sur sa longévité en insistant sur son engagement continu au service de la nation.
Vers un huitième mandat : une démonstration de force en guise de prélude
Si l’élan de la campagne du RDPC dans le Nord est une démonstration de force, l’enjeu reste de taille : transformer cet élan en une victoire sans appel dans les urnes. L’objectif de 100 % est un pari audacieux, un signal envoyé à l’opposition et à la communauté internationale quant à la solidité de ses bastions. Alors que la campagne se déplace vers d’autres régions, notamment Yaoundé, tous les regards restent tournés vers le Nord, où le parti espère non seulement remporter les élections, mais aussi prouver que soninfluence et sa capacité de mobilisation sont plus fortes que jamais. C’est un prélude à une marche qui, le 12 octobre, pourrait bien se conclure par un huitième mandat.
GAËL TSALA NKOLO