En ce lundi 8 septembre 2025, l’école publique de Mokong a ouvert ses portes pour la rentrée scolaire 2025-2026. Une journée marquée par un mélange poignant d’espoir et de difficultés, où les sourires timides des élèves présents contrastent avec l’absence de ceux que la pauvreté ou les intempéries ont retenus chez eux. Au cœur de cette zone rurale du département du Mayo-Tsanaga dans la région de k’Extrême-Nord au Cameroun ,le chemin de l’école est bien plus qu’un simple trajet ; c’est une leçon de courage quotidienne.

Une Rentrée en Demi-Teinte, Rythmée par la Pluie et l’Espoir
Dès les premières lueurs du jour, une pluie battante s’est abattue sur Mokong, donnant le ton d’une rentrée atypique. Malgré les conditions, la cour de l’école a timidement repris vie. Cartables neufs sur le dos et uniformes impeccables, les premiers élèves sont arrivés, le visage partagé entre l’appréhension et la joie de retrouver leurs camarades.
Cette ambiance contrastée est confirmée par Madame Kouve Justine, directrice par intérim de l’établissement. « La rentrée a bien débuté ici chez nous malgré la forte pluie », confie-t-elle. « Les élèves sont effectivement à l’école. Mais nous sommes dans une zone rurale et le début reste timide. On s’attelle à sensibiliser pour que les parents prennent conscience de la nécessité d’envoyer les enfants à l’école. »
Un sentiment partagé par Alex Kolwé, enseignant en classe de Cours Moyen 2ème année : « On a bien débuté la rentrée avec la levée des couleurs. L’effectif ce matin est d’une cinquantaine sur les soixante prévus. Ça traîne encore le pas pour les autres. Mais les élèves présents sont hyper motivés. »
Le Courage des Écoliers : Traverser les Obstacles pour Apprendre
La motivation de ces enfants est sans doute leur atout le plus précieux. Pour beaucoup, se rendre à l’école est une épreuve physique et un acte de détermination. Des images fortes de cette matinée montrent un groupe d’élèves, soudés, traversant un cours d’eau en crue, l’eau jusqu’aux genoux, pour ne pas manquer ce premier jour crucial.
Cette scène, loin d’être anecdotique, est le symbole de la soif d’apprendre qui anime la jeunesse de Mokong. Sifanga Barka, élève en CM2, raconte sa matinée avec une maturité désarmante : « Ce matin, je me suis levé et j’ai effectué mes travaux domestiques avant de faire mon sac et regagner le chemin de l’école. » Pour lui comme pour tant d’autres, l’éducation n’est pas un dû, mais un objectif qui se mérite chaque jour.
Même les plus jeunes partagent cet enthousiasme, une fois la porte de la maison franchie. « Ça n’a pas été facile pour mes petites sœurs de se réveiller ce matin », témoigne Djamdoudou Hadi Bello, venue accompagner Aïssatou et Charifa en classe de Cours Préparatoire. « Mais une fois ici, je les trouve très joyeuses. Je crois que c’est parce qu’elles ont retrouvé leurs camarades. »
L’Appel des Enseignants :
« Les Parents Doivent Nous Aider à Éduquer »
Derrière les grilles de l’école, le corps enseignant est prêt, mais fait face à des défis qui dépassent le simple cadre pédagogique. Madame Djoudi, enseignante en CM1, lance un appel vibrant à toute la communauté.
« La rentrée a débuté avec beaucoup de timidité. Il n’y a pas d’affluence », déplore-t-elle. « En tant qu’enseignants, nous allons tout faire pour mettre notre savoir-faire au service de leur réussite. Mais la principale difficulté reste le manque d’élèves. On ne sait pas si c’est à cause des moyens financiers. »
Elle soulève une question cruciale : « Nous sommes au premier jour et on est censé commencer à enseigner. Que ferons-nous de l’enfant qui viendra après ? Pourra-t-on rattraper ce que nous avons déjà fait ? ». Son message se veut unificateur : « J’interpelle toute la communauté éducative à nous accompagner. Les parents ont parfois désisté de leur rôle de premier éducateur. Ils doivent nous aider à éduquer ces enfants, nous devons travailler en synergie. »
Au-delà de l’Image : un Plaidoyer pour l’Éducation en Zone Rurale
La rentrée 2025 à Mokong est une métaphore puissante des réalités de l’éducation dans de nombreuses régions rurales du Cameroun. L’image de ces enfants bravant les flots n’est pas seulement un témoignage de leur résilience. C’est un appel silencieux à l’action.
Elle met en lumière le besoin urgent d’investir dans des infrastructures sécurisées – des ponts, des routes praticables – pour garantir à chaque enfant son droit fondamental à une éducation sans danger. Elle rappelle que la lutte contre la déscolarisation passe aussi par un soutien économique aux familles et une mobilisation collective où parents, enseignants et autorités locales travaillent main dans la main.
En ce jour de rentrée, le courage des élèves de Mokong est une source d’inspiration. Il nous oblige à regarder au-delà des statistiques pour voir les visages, les efforts et les rêves qui se cachent derrière. Leur détermination est une promesse ; à nous, collectivement, de leur donner les moyens de la tenir.
GAËL TSALA NKOLO