La commune de Figuil, dans la région du Nord-Cameroun, est le théâtre de vives tensions sociales depuis le lundi 4 août 2025. L’incarcération de huit chauffeurs de la société Cimencam pour un vol présumé de carburant a déclenché la colère des populations locales, qui paralysent la carrière de calcaire de Bidzar et dénoncent une justice qu’elles estiment partiale et discriminatoire.
Le point de départ : Une affaire de vol de carburant
L’affaire éclate lorsque huit chauffeurs de camion, employés par Cimencam pour le transport du marbre, sont interpellés et placés en détention à la Brigade Territoriale de Gendarmerie de Guider. Le motif : ils sont accusés d’avoir détourné et volé plusieurs milliers de litres de gasoil, un carburant essentiel à l’exploitation de la carrière de Bidzar. Si l’entreprise déplore un préjudice économique important, cette action judiciaire a été la véritable étincelle qui a mis le feu aux poudres.

Riposte communautaire : Le blocus de la carrière
En réaction quasi immédiate, les habitants du village de Birgui, situé dans le canton de Bidzar 2, d’où sont originaires plusieurs des chauffeurs, ont exprimé leur indignation de manière spectaculaire. Ils ont érigé des barricades, bloquant l’entrée principale de la carrière de calcaire.
Cette action de protestation paralyse de fait les activités d’extraction et de transport de Cimencam. Les manifestants sont inflexibles et leur revendication est claire : la libération immédiate et sans condition des huit employés, qu’ils considèrent comme des boucs émissaires et victimes d’une flagrante injustice.
Au cœur des revendications : Des accusations explosives de discrimination tribale
Au-delà de la présomption d’innocence, le conflit s’est envenimé en raison d’une grave accusation de tribalisme. Selon les familles des détenus et les leaders de la contestation, le traitement de cette affaire serait discriminatoire. Ils affirment avec force que seuls les employés originaires du septentrion ont été arrêtés et incarcérés. Pendant ce temps, affirment-ils, leurs collègues originaires du sud du pays, également impliqués dans la gestion du carburant, auraient été épargnés par les poursuites et seraient actuellement en fuite. Cette perception d’une “justice à deux vitesses” a profondément exacerbé les frustrations et renforcé la détermination des manifestants.
Impasse et appel urgent au dialogue
Face à cette situation explosive, les tentatives de médiation menées par les autorités locales n’ont pour l’instant pas réussi à apaiser les esprits. La menace d’un blocage total et illimité de la carrière se fait de plus en plus pressante, ce qui aurait des conséquences économiques et sociales désastreuses pour la région.
Les populations locales lancent un appel solennel aux autorités compétentes et à la direction de Cimencam pour qu’un dialogue franc soit engagé. Elles exigent une enquête impartiale, fondée sur des preuves tangibles et non sur des considérations identitaires, afin que la lumière soit faite sur cette affaire. L’avenir économique de la région de Figuil dépend désormais de la capacité des différentes parties à trouver un terrain d’entente pour désamorcer cette crise avant qu’elle n’atteigne un point de non-retour.
GAËL TSALA NKOLO