Le déploiement du projet AIGLES, dont le Ministre Joseph LE a brillamment exposé les jalons ce lundi à Yaoundé, ne doit pas être lu comme une simple mise à jour informatique de plus dans les couloirs feutrés de nos ministères. C’est, à bien des égards, l’acte de naissance d’une nouvelle culture de l’État.
Pendant des décennies, l’administration publique a été perçue à travers le prisme de « l’épaisseur du dossier ». Ce papier, voyageant de bureau en bureau, portait en lui les espoirs de carrière d’un instituteur à l’Est ou d’un médecin dans le Grand Nord, mais aussi les risques de perte, de corruption ou d’erreurs de saisie. En brisant ce cycle par l’automatisation intégrée, le projet AIGLES ne fait pas que réduire des délais ; il restaure la dignité de l’agent public.
Réduire de 70 % le temps de traitement des anomalies financières n’est pas qu’une prouesse statistique. C’est, concrètement, s’assurer qu’un fonctionnaire perçoive son dû sans subir les affres d’une attente kafkaïenne. C’est injecter de la fluidité là où l’inertie régnait.
Toutefois, ce succès impose une responsabilité nouvelle. Si l’outil technique a « pris son envol », il appartient désormais à l’ensemble de la chaîne administrative de maintenir cette altitude. La modernisation n’est pas une destination, c’est un mouvement perpétuel. Le défi de la cybersécurité, de la maintenance des infrastructures et de la formation continue des personnels sera le véritable test de résilience de cette vision.
Il faut saluer le leadership de Joseph LE qui a su transformer une ambition technologique en une réalité palpable. AIGLES prouve que lorsque la volonté politique rencontre l’expertise technique, l’administration camerounaise est capable de se hisser aux standards internationaux.
Hier, le fonctionnaire suivait son dossier. Aujourd’hui, grâce à AIGLES, c’est l’État qui suit l’agent. La nuance est de taille : elle marque le passage d’une administration de contrôle à une administration de service. Pourvu que cet envol ne connaisse pas de zone de turbulences.
GAËL TSALA NKOLO
