Entre accélération de la décentralisation et offensive agropastorale, le budget de l’État du Cameroun pour l’exercice 2026, chiffré à 8 816,4 milliards de F CFA, amorce une mutation structurelle de l’économie nationale. Portée par une « révolution fiscale » incitative et une priorité massive accordée à l’investissement — avec plus de 57 milliards de F CFA alloués à la seule région du Nord — cette nouvelle Loi de Finances consacre le passage d’un budget de répartition à un véritable instrument de souveraineté industrielle. Décryptage d’une stratégie de croissance qui place le Septentrion au cœur de l’émergence.

Le déploiement de la Loi de Finances pour l’exercice 2026 marque un tournant décisif dans l’ingénierie budgétaire du Cameroun. Alors que le pays s’installe dans la phase de consolidation de sa Stratégie Nationale de Développement (SND30), le lancement solennel du budget, effectué concomitamment à Ngaoundéré par le Ministre Louis Paul Motaze et à Garoua par le Gouverneur Jean Abate Edi’i, révèle une doctrine claire : l’accélération de la croissance par une fiscalité de l’offre et une décentralisation budgétaire plus vigoureuse.
Une Enveloppe de 57 Milliards pour le Nord : Le Pari de l’Investissement
À Garoua, le voile a été levé sur les ambitions dédiées à la région du Nord. Sur une enveloppe globale de 57,528 milliards de F CFA, le choix de l’arbitrage frappe par son audace productive. Avec 50 milliards de F CFA consacrés exclusivement à l’investissement, contre seulement 7 milliards pour le fonctionnement, l’État affiche une volonté de transformation structurelle.
Ce ratio d’investissement, particulièrement élevé, suggère une focalisation sur les infrastructures de proximité et le désenclavement, transformant la région en un véritable pôle de croissance. Pour les ordonnateurs de budget et les entrepreneurs locaux, ce montant n’est pas qu’une dotation ; c’est un levier de commande publique destiné à irriguer le tissu économique régional.
Un Budget National sous le Signe de la Transformation
À l’échelle nationale, le budget 2026, chiffré à 8 816,4 milliards de F CFA, s’inscrit dans une dynamique d’expansion maîtrisée (+14 % par rapport à 2025). Mais au-delà des chiffres, c’est la philosophie de la « révolution fiscale » qui retient l’attention de l’observateur averti.
« Le Budget 2026 n’est plus seulement un instrument de répartition, mais un outil de politique industrielle. »
Les mesures d’exonération totale sur les charges sociales des ouvriers agricoles et la suppression de la TVA sur les intrants ne sont pas de simples cadeaux fiscaux. Il s’agit d’une stratégie de réduction du coût de l’investissement (estimée à 30 %) visant à asseoir la souveraineté alimentaire via le PIISAH. En allégeant la pression fiscale sur les producteurs du Septentrion, l’État cherche à transformer le potentiel agropastoral en une réalité industrielle compétitive.
Décentralisation et Discipline Budgétaire
L’innovation majeure de cet exercice réside également dans l’opérationnalisation de la loi sur la fiscalité locale de 2024. Le passage de la centralisation à un « panier fiscal régional » est une mutation de paradigme. À Ngaoundéré, l’annonce de 41,2 milliards de F CFA mobilisés pour l’Adamaoua confirme cette volonté de donner aux Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) les moyens de leur autonomie.
Cependant, cette manne s’accompagne d’un corollaire non négociable : la responsabilité managériale. Le rappel à l’ordre concernant la gestion de la dette locale et l’apurement de la dette intérieure témoigne d’une vigilance accrue sur la qualité de la dépense publique.
Enjeux et Perspectives
Si le Budget 2026 brille par son ambition, sa réussite dépendra de deux facteurs critiques :
La capacité d’absorption des crédits d’investissement par les régions.
La célérité de la chaîne de dépense, un point souligné lors des échanges avec les comptables du trésor à Garoua.
Tout compte fait , avec un budget orienté vers la production et une protection sociale renforcée par un fonds d’autonomisation de 50 milliards de F CFA, le Cameroun tente le pari d’une croissance inclusive. Le Septentrion, avec ses dotations massives, se retrouve aux avant-postes de cette bataille pour l’émergence.
GAËL TSALA NKOLO