Au Cameroun, la Femme Rurale est plus qu’une simple productrice ; elle est l’épicentre d’une double problématique cruciale : la résilience face aux changements climatiques et la lutte pour l’accès équitable aux ressources productives. C’est dans cette perspective que la localité de Songmbengue, dans la Sanaga-Maritime, a abrité, ce jeudi 17 octobre 2025, la célébration nationale de la 30e Journée Mondiale de la Femme Rurale.

Une Édition sous le Signe de l’Urgence et de l’Égalité
Marquant une tradition annuelle, l’édition 2025, bien que commémorée le 15 octobre internationalement, a été organisée autour du thème : « Femme rurale face aux défis des changements climatiques et de l’accès aux ressources productives ». Ce choix thématique met en lumière le rôle capital de cette population, dont l’action quotidienne sur les terres, les forêts et les cours d’eau est intrinsèquement liée à la problématique environnementale globale.
La cérémonie, présidée par Marie Thérèse Abena Ondoa, Ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF), en présence de Jean Ernest Masséna Ngalle Bibehe, Ministre des Transports, a transcendé la simple commémoration pour se muer en une plateforme de reconnaissance, d’action concrète et de plaidoyer.
Le Double Défi : Climat et Accès aux Ressources
Les changements climatiques ne sont pas une menace lointaine pour le Cameroun, pays aux territoires sahéliens exposés à la désertification et aux zones littorales menacées par la montée des eaux. La récurrence de phénomènes extrêmes — violence des vents, fortes précipitations, températures élevées — met en péril les communautés et les écosystèmes. Ce sont les femmes rurales, garantes de la gestion des ressources naturelles et de la sécurité alimentaire dans un pays à forte diversité agro-écologique, qui sont les plus touchées. Leur forte dépendance aux ressources naturelles pour leur subsistance rend les conséquences des changements climatiques particulièrement rudes, menaçant d’amoindrir les efforts nationaux de réduction de la pauvreté.
Au-delà des menaces climatiques, un autre défi majeur freine leur plein potentiel : l’accès limité aux ressources productives : terres, crédits, intrants, technologies et formations.
État des Lieux et Engagement Gouvernemental
La visite de la championnière, vitrine du savoir-faire local en transformation agricole, a illustré les capacités et le potentiel d’innovation des femmes. La Ministre Marie Thérèse Abena Ondoa a salué les avancées significatives réalisées en faveur du statut sociojuridique et des conditions de vie des femmes rurales.
Parmi les principaux acquis de ces dernières années, l’on note :
- Le regroupement en coopératives pour un meilleur accès à l’accompagnement technique et financier.
- L’encadrement et le renforcement des capacités dans des domaines variés : packaging, éducation financière, normalisation des produits, techniques de transformation et de conservation.
- L’allègement des tâches domestiques et de la pénibilité du travail grâce à la mise à disposition d’équipements agricoles, de foyers améliorés et de moulins.
- La promotion d’activités génératrices de revenus et l’éducation dans divers domaines via les Centres de Promotion de la Femme et de la Famille (CPFF) en zones rurales.
La Ministre a réaffirmé l’engagement de l’État à poursuivre les réformes interministérielles (MINPROFF, MINADER, MINFOF, MINEDPED, etc.) visant à améliorer l’accès à la terre, aux infrastructures et aux ressources productives.
Un Plaidoyer Éloquent
Malgré les marques de gratitude exprimées par les bénéficiaires, les femmes rurales n’ont pas manqué de souligner les difficultés persistantes. Elles ont notamment déploré les obstacles liés à l’accès au foncier, le mauvais état des routes rurales et le manque de moyens de transport. Ces facteurs d’enclavement limitent l’écoulement de leurs produits, sapant leurs efforts d’autonomisation. L’accès limité aux soins de santé et à l’éducation, ainsi que les inégalités de genre, demeurent des défis non négligeables.
- Stratégies d’Adaptation et de Résilience
Face aux effets pervers des changements climatiques, la nécessité d’une action préventive et d’un investissement conséquent est impérative. La ministre a mis en avant plusieurs stratégies de résilience à la portée des agricultrices :
- Accès à l’information : Formation sur les prévisions climatiques et les meilleures pratiques agricoles.
- Diversification des cultures : Réduction des risques de pertes de récoltes dues aux phénomènes extrêmes.
- Conservation de l’eau : Utilisation de techniques d’irrigation efficaces (goutte-à-goutte) et collecte d’eau de pluie.
- Pratiques agro-écologiques : Adoption de la rotation des cultures, de l’agriculture biologique et du compostage pour améliorer la santé du sol.
- Semences résilientes : Choix de variétés adaptées aux conditions climatiques difficiles (sécheresse, inondations).
- Organisation collective : Adhésion aux coopératives et groupes pour l’échange de connaissances et le soutien mutuel.
En combinant reconnaissance, action concrète et plaidoyer, la 30e Journée Mondiale de la Femme Rurale a souligné que l’émancipation de cette catégorie sociale est la clé de voûte de la durabilité de l’écosystème local et, in fine, du développement national.
GAËL TSALA NKOLO