L’esplanade de l’Hôtel de ville de Garoua, le 22 août 2023, bruissait d’une ferveur particulière. Sous le regard des hiérarques du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), Goura Beladji prenait officiellement les rênes de la cité, après son élection le 26 mai de l’an deux mille vingt-trois , avec une feuille de route claire : préserver le label de « ville propre » cher au chef-lieu de la région du Nord. Entre l’éclairage public et l’entretien de la voirie, le ramassage des ordures ménagères s’imposait comme l’urgence absolue, nécessitant une synergie sans faille avec les communes d’arrondissement.

Le 10 février 2026, cette volonté de modernisation a franchi un palier significatif. Le Maire de la ville a procédé à la remise d’un important lot de matériel d’assainissement — bacs, tricycles, pelles, brouettes — issu d’un don spécial du président Paul Biya. Si l’objectif affiché est de muscler l’action des comités de quartier et des conseillers municipaux face aux 1 000 tonnes de déchets quotidiennes, une distorsion flagrante apparaît dans l’exécution sur le terrain.
Le paradoxe de Garoua 1er et 2ème
Alors que le matériel a été dûment acheminé et réceptionné dès le 9 février dans les trois municipalités de la ville, le constat interpelle : seule la commune de Garoua 3ème a effectivement déployé ces ressources auprès de ses conseillers et de ses zones de rattachement. Dans les arrondissements de Garoua 1er et Garoua 2ème, les équipements semblent frappés d’immobilisme.
Cette situation soulève des interrogations légitimes sur la fluidité de la chaîne de commandement et la loyauté institutionnelle. Pourquoi, malgré les décharges officielles signées par la hiérarchie locale, les conseillers municipaux de ces deux arrondissements restent-ils les mains vides ? Ce blocage logistique, au-delà de l’entrave technique, interroge la cohérence politique au sein d’une même famille partisane.
Des enjeux sous-jacents ?
Dans un contexte où l’insalubrité urbaine devient un marqueur de performance politique, ce décalage entre la réception du don présidentiel et sa redistribution effective peut prêter à diverses interprétations. S’agit-il de lourdeurs administratives internes, ou de manœuvres plus obscures visant à freiner l’élan impulsé par la Communauté urbaine ?
L’opinion publique, témoin de l’obstruction des caniveaux et de la multiplication des dépôts sauvages, peine à comprendre ce mutisme opérationnel. Garoua II, pourtant sacrée « ville la plus propre » en 2023, semble aujourd’hui marquer le pas, laissant planer le spectre d’un sabotage des initiatives de proximité.
L’urgence d’une clarification
La gestion des déchets à Garoua ne peut s’accommoder de zones d’ombre. La dotation spéciale du chef de l’État, censée constituer un levier contre la crise environnementale, doit atteindre sa destination finale : le quartier. La rétention de ce matériel, pour quelque motif que ce soit, fragilise l’image de la ville et l’efficacité des politiques publiques d’assainissement.
Une communication transparente de la part des exécutifs municipaux de Garoua 1er et 2ème est désormais impérative pour lever le voile sur cette gestion sélective d’un bien commun.
GAËL TSALA NKOLO