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L’Église Adventiste dans la région du Nord : Entre héritage pionnier et impératifs de la modernité institutionnelle

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La 3e Assemblée Générale constitutive de la Mission Benoué-Faro, qui se tient à Garoua du 25 au 28 février 2026 sous le thème quinquennal révélateur ,« Ancré dans la Bible et engagés pour la mission », marque l’aboutissement d’un cycle de soixante ans. Derrière le formalisme des nominations, se dessine une mutation profonde sous le thème annuel, « Unis pour la mission » : le passage d’une église de missionnaires à une institution territoriale autonome, portée par une technocratie pastorale et un engagement budgétaire rigoureux.

La sédimentation d’une identité (1966-2026)

L’histoire de la Mission Benoué-Faro (MBF), région ecclésiastique comprenant les quatre départements de la région du Nord exception faite de l’arrondissement de Touboro , est celle d’une conquête silencieuse. En 1966, l’adventisme dans le Nord n’est qu’une initiative isolée, celle du frère Mouangue, magistrat dont l’influence intellectuelle a permis l’éclosion des premières cellules de réflexion biblique. Soixante ans plus tard, le décorum observé à Boklé lors de l’accueil des administrateurs de l’Union témoigne d’une institutionnalisation réussie.

L’évolution statutaire — passant de simple « secteur » en 1970 à « Mission » en 2018 en passant par l’unité administrative — n’est pas qu’une affaire de sémantique administrative ; elle reflète la croissance d’une communauté qui a su s’adapter aux réalités socio-politiques de la province du Nord pour devenir une entité ecclésiastique majeure.

Le pragmatisme comme dogme de gestion

L’élection d’Issa Babba à la présidence de la Mission inaugure une ère de réalisme économique. Son discours d’investiture a frappé par sa clarté : l’organisation ne saurait subsister sans une discipline budgétaire stricte. En liant les objectifs spirituels aux capacités de financement des églises locales, le nouveau président rompt avec l’attentisme pour instaurer une culture de la responsabilité.

Cette rigueur est complétée par la mise au point pédagogique du Pasteur Boné Jeanjean , Trésorier de l’Union Mission Nord-Est Cameroun , sur la gestion des dîmes. En explicitant le barème de rémunération des pasteurs — indexé sur l’ancienneté et la collecte locale —, l’institution affiche une volonté de transparence financière, levier indispensable pour maintenir la confiance des délégués et des fidèles.

Une gouvernance pluridisciplinaire

L’architecture du nouveau Comité exécutif révèle une ambition qui dépasse le cadre strictement cultuel. La nomination de cadres spécialisés dans des domaines tels que la santé (Dr Kosni Daniel), l’éducation (Abba Gabriel) ou les relations publiques (Tchamkoa Mathieu) souligne la volonté de la MBF de peser dans le débat social et le développement régional.

Le Pasteur Docteur Richard Hendjenat, Président de l’Union Nord-Est Cameroun , a rappelé l’essence de cette structure : une unité organique où chaque église locale, bien qu’autonome dans son identification mondiale, contribue à l’équilibre de l’ensemble.

Les défis du quinquennat

Le budget qui sera voté ce jour constitue le contrat social de la Mission pour les cinq prochaines années. Le défi pour Issa Babba et son équipe sera de transformer cette ferveur de l’assemblée en résultats tangibles sur le terrain. Dans un contexte économique complexe, la fidélité prônée par le leadership devra s’accompagner d’une gestion de proximité pour que les commissions produisent les effets attendus par les délégués.

La Mission Benoué-Faro quitte Garoua ce dimanche avec une structure renforcée, une histoire assumée et une feuille de route qui place l’église locale au centre de la stratégie mondiale de l’Union.

GAËL TSALA NKOLO

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