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L’Identité, ce Premier Droit : Le Pari de Nkoteng

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Le lancement de la JIF 2026 à Nkoteng marque un tournant dans l’approche des droits des femmes. Au-delà des discours, le gouvernement et la société civile s’accordent sur un constat majeur : sans acte de naissance ni identité officielle, l’égalité reste une abstraction. Ce dossier décrypte comment l’accès à la citoyenneté administrative constitue le levier prioritaire pour transformer le potentiel féminin en moteur de croissance nationale.

La cité sucrière de la Haute-Sanaga est devenue, ce vendredi 20 février 2026, le centre de gravité d’une ambition nationale. En accueillant le lancement de la 41e Journée internationale de la femme (JIF), Nkoteng n’a pas seulement prêté son décor cosmopolite aux célébrations officielles ; la ville a surtout servi de caisse de résonance à un impératif de justice sociale. Sous l’égide de la ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, Marie-Thérèse Abena Ondoa, cette édition 2026 s’articule autour d’un triptyque sans équivoque : « Droits, Justice, Actions ».

Le paradoxe du cadre et du fait

Le constat dressé lors des allocutions souligne une fracture persistante. Le Cameroun dispose d’un arsenal juridique progressiste, renforcé par les engagements présidentiels d’octobre 2025 en faveur des veuves et contre les violences de genre. Pourtant, l’égalité de droit peine encore à se muer en égalité de fait. Les pesanteurs socioculturelles et les inégalités structurelles agissent comme des forces d’inertie, maintenant une partie de la population féminine à la lisière du progrès.

Le mur de l’invisibilité administrative

Le plaidoyer de la société civile locale, porté par Mme Ngah Molo Julienne, a mis en exergue un obstacle fondamental, trop souvent occulté par les fastes protocolaires : l’absence d’état civil. Ce « mur d’invisibilité » constitue le premier verrou à l’émancipation. Sans acte de naissance ou carte nationale d’identité, la citoyenneté devient une abstraction.

Ce déficit documentaire engendre des conséquences systémiques :

Sur le plan éducatif : l’exclusion du cycle secondaire et la vulnérabilité accrue des jeunes filles.

Sur le plan économique : l’impossibilité d’accéder au crédit bancaire, à la propriété foncière ou aux marchés publics.

Sur le plan civique : la privation du droit de vote et de toute protection judiciaire effective.

De la parole à la justice de proximité

La promesse gouvernementale de créer un Centre de Promotion de la Femme et de la Famille (CPFF) à Nkoteng répond à un besoin d’encadrement nécessaire. Toutefois, l’efficacité de cette structure dépendra de sa capacité à agir sur le terrain de la régularisation administrative. L’accélération des audiences foraines pour la reconstitution des actes de naissance apparaît désormais comme une urgence de développement, bien au-delà de la simple formalité bureaucratique.

Un levier pour l’émergence

L’action inclusive prônée pour cette 41e JIF rappelle que l’économie et les droits sont indissociables. En transformant chaque femme « invisible » en une actrice légale de l’économie, l’État libère une force de production essentielle à la croissance nationale.

La dignité d’une nation se mesure à sa capacité à reconnaître chacun de ses membres. Pour que le slogan de cette édition tienne ses promesses, l’effort public doit impérativement commencer par l’inscription de ces femmes dans les registres de la République. L’émancipation véritable ne se décrète pas ; elle débute au bureau de l’état civil.

GAËL TSALA NKOLO

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