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« À mi-parcours du mandat : Le parti au pouvoir face au mal-être de ses cadres de terrain. »

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L’année 2026 s’ouvre sur un paradoxe camerounais : une machine politique qui tourne à plein régime face à un quotidien qui sombre dans la précarité. Pour le RDPC, le défi ne réside plus seulement dans la conquête des urnes, mais dans la réconciliation avec un peuple qui exige de l’eau, de l’électricité et de la justice. Des couloirs de Yaoundé aux diocèses de l’Adamaoua, les appels à une rupture avec la cosmétique politique se multiplient. Radioscopie d’un régime dos au mur .

L’année 2026 ne s’inscrit pas simplement dans le calendrier républicain comme une étape électorale de plus. Elle se dresse, pour le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), comme un miroir sans tain où le parti de la flamme doit contempler sa propre vérité. Entre le succès arithmétique de la présidentielle d’octobre 2025 et les législatives et municipales du 10 mai 2026, le parti au pouvoir navigue sur une ligne de crête, coincé entre une exigence de discipline interne et un cri de détresse sociale qui monte des profondeurs du pays.

L’épreuve de la vérité militante : La fin des « parachutés » ?

Le RDPC aborde ces échéances locales dans un paradoxe saisissant. Si la machine électorale semble huilée, le logiciel de l’investiture, lui, menace de surchauffer. Comme le soulignent les voix les plus lucides du parti, 2026 doit marquer l’avènement de la « maturité politique ». Le temps des « touristes politiques » et des « nomades électoraux » — ces cadres qui ne connaissent ni leurs cellules de base ni la poussière du terrain — semble révolu.

Le risque pour Yaoundé est clair : le vote sanction. À l’ère du numérique, où chaque engagement est « traçable » et où la conscience politique des jeunes s’aiguise, le simulacre d’ancrage ne suffit plus. Si le mérite militant et la fidélité idéologique sont sacrifiés sur l’autel des réseaux d’influence de la capitale, le parti s’expose à une déconnexion fatale avec sa base, la fameuse « charpente » qui maintient l’édifice debout quand les vents de l’opposition soufflent fort.

De la cosmétique du remaniement à l’urgence de la gouvernance

Tandis que les salons de Yaoundé bruissent de la rumeur d’un remaniement imminent, une sourde lassitude s’installe dans l’opinion. Pour l’intellectuel comme pour le citoyen ordinaire, changer les visages sans changer le système revient à « repeindre une maison en ruine ». Le pays n’attend plus des décrets, mais de la lumière au bout du tunnel des délestages, de l’eau au robinet et une justice sociale qui ne soit pas un slogan de campagne.

La « supplique » adressée au Chef de l’État par une frange de l’élite intellectuelle est révélatrice d’un changement de paradigme. On n’écoute plus le verbe ; on guette l’acte. La demande est pressante : une culture de la performance, une décentralisation effective transférant enfin la gestion des routes et des écoles aux élus locaux, et surtout, un geste de clémence nationale pour panser les plaies (crise anglophone, prisonniers politiques, opération Épervier).

Le cri de Ngaoundéré : L’injustice, terreau de la discorde

C’est peut-être Monseigneur Emmanuel Abbo qui, depuis l’Adamaoua, a synthétisé le péril qui guette la nation. En affirmant qu’« ignorer la souffrance dans les cœurs, c’est ignorer la paix », le prélat rappelle que la stabilité du Cameroun ne repose pas seulement sur son arsenal sécuritaire ou ses victoires électorales, mais sur son sentiment de justice.

Le discours de haine et les replis identitaires ne sont que les symptômes d’une « injustice généralisée ». Si le RDPC veut faire de 2026 l’année de la « fidélité », il doit d’abord être fidèle à sa mission première : le progrès social. Sans un signal fort sur le Salaire Minimum (SMIG), sans une lutte implacable contre la corruption qui dévore les infrastructures, le « terrain fertile » de la frustration pourrait bien l’emporter sur la discipline de parti.

Le rendez-vous du 10 mai

Le 10 mai 2026 ne sera pas une simple formalité administrative. Ce sera le crash-test de la résilience du régime. Le RDPC saura-t-il se réinventer en privilégiant ses « soldats du terrain » sur ses « barons de salon » ? Paul Biya saura-t-il transformer son « pouvoir discrétionnaire » en une gouvernance de résultats ?

La paix au Cameroun est à ce prix. Car au-delà des résultats proclamés, la véritable victoire sera celle de la réconciliation entre l’État et son peuple. En 2026, la politique ne pourra plus s’accommoder de mémoires sélectives.

GAËL TSALA NKOLO

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