Le Cameroun, acteur majeur de la filière cacaoyère africaine, franchit une étape décisive pour concilier impératifs économiques et protection de l’environnement. Face aux exigences croissantes de durabilité et, plus spécifiquement, au Règlement de l’Union européenne relatif à la déforestation (EUDR), une initiative technologique de grande envergure vient d’être officiellement présentée dans la capitale.
Mené dans le cadre du Programme durable du cacao (SCP) de l’UE, ce projet ambitieux vise à doter le pays d’un outil de traçabilité et de conformité sans précédent.

La Haute Technologie au Service de la Traçabilité Forestière
Un atelier technique tenu ce jour à Yaoundé, sous l’égide du Gouvernement du Cameroun et avec l’appui crucial de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) et de l’Union européenne, a marqué la présentation des résultats préliminaires d’une cartographie nationale de la couverture terrestre d’une précision inédite.
Ce travail exploite des outils de pointe de la géospatialisation :
Télédétection satellitaire et Intelligence Artificielle (IA), incluant des modèles sophistiqués de DeepMind/Google.
Technologie Cloud via des plateformes open-source comme Open Foris SEPAL et Google Earth Engine.
L’objectif de cette méthodologie est double : établir des données de référence rigoureuses sur la couverture arborée et terrestre et, de manière innovante, modéliser la probabilité de présence du cacao dans des systèmes d’agroforesterie souvent difficiles à identifier par les méthodes classiques.
Un Vade-mecum pour l’Accès aux Marchés Européens
Cette cartographie est l’élément central pour répondre à la diligence raisonnable (due diligence) imposée par l’EUDR. Ce règlement exige des opérateurs important du cacao sur le marché européen la preuve que leurs produits ne sont pas issus de terres déboisées après le 31 décembre 2020.
Pour les millions de petits producteurs camerounais, ces données validées à l’échelle nationale et locale représentent un atout stratégique majeur pour maintenir leur accès au marché européen, capital pour la filière.
Interrogé sur l’impact direct de cette technologie, Fidèle Kengni, spécialiste des politiques agricoles à la FAO Cameroun et point focal du SCP dans le pays, a déclaré :
« Les informations produites représentent une avancée majeure pour permettre aux petits producteurs du Cameroun d’accéder aux marchés européens pour leurs produits cacaoyers, tout en promouvant les bonnes pratiques et la durabilité. »
L’accès gratuit et open-source aux produits de couverture terrestre est une décision politique forte, visant à établir un ensemble de données de référence commun à toutes les parties prenantes – gouvernement, secteur privé et société civile – facilitant ainsi l’alignement sur les standards internationaux de durabilité.
Renforcement des Capacités et Transparence Accrue
L’atelier de trois jours a permis de réunir une cinquantaine de représentants clés du gouvernement, des partenaires au développement et de la société civile. Les sessions ont été dédiées à l’examen critique des cartes, à l’évaluation de leur précision, et à des démonstrations pratiques des plateformes techniques de validation, notamment WHISP et Open Foris Ground.
Impact Immédiat : Renforcement significatif des capacités nationales en gestion, validation et utilisation des données géospatiales.
Perspective : Ouvrir la voie à des chaînes d’approvisionnement en cacao plus équitables et transparentes, assurant que les bénéfices reviennent aux producteurs tout en pérennisant des systèmes agroforestiers protecteurs de la biodiversité.
En fournissant les outils de traçabilité et de légalité nécessaires, le Cameroun s’engage résolument sur la voie d’une production cacaoyère durable, faisant de l’innovation technologique la clé de voûte de sa future compétitivité mondiale.
GAËL TSALA NKOLO