LES RITES DE VEUVAGE CHEZ LES PEUPLES DES GRASSFIELDS : UN MARTYRE

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Malgré l’avènement de la modernisation, certaines tribus continuent de traiter la femme veuve de manière inhumaine. Quand une femme perd son mari, c’est un lien très fort qui est brisé et le seul fait de penser au traitement qu’elle recevra pendant les rites de veuvage cela devient une blessure qu’on creuse davantage. Qu’est-ce que c’est les rites de veuvage et comment cela se passe ? Camer Press Agency creuse ce sujet.

Le rite de veuvage tel que perçu par les arrière-grands-parents, est un acte traditionnel dont le but est d’accompagner l’esprit du défunt vers le monde des morts. C’est un rite de purification pratiqué sur un veuf ou une veuve contre la souillure de la mort. Aujourd’hui on peut déplorer le fait que ceux qui le pratiquent, ne maitrisent pas du tout sa portée : d’où les mauvais changements observés. Au-delà de la pratique, c’est tout un symbole. 

Ainsi, chaque tribu bamiléké a sa manière à elle de l’interpréter. Selon un notable bamiléké, ce passage inévitable dans lequel la belle-famille décide du sort de la veuve ou du veuf, et une autre fois c’est l’occasion de châtier la veuve qui aurait tiré profit des revenus du défunt de son vivant, d’après certains traditionnalistes.

Dans plusieurs communautés Bamiléké du Cameroun, les rites de veuvage auxquels on rattache communément des fonctions expiatoire, purificatoire, libératrice et protectrice sont devenus des occasions de tortures, de brimades, d’humiliation et de négation de la dignité humaine des veuves, violant ainsi des droits fondamentaux proclamés et protégés par divers textes juridiques.

COMMENT LE RITE DE VEUVAGE SE PASSE-T-IL ?

Au Cameroun et plus particulièrement dans les Grassfields, Les pratiques dont les veuves font preuve sont de plusieurs niveaux. A l’annonce du décès du mari la femme entre directement dans le veuvage : elle reste couchée et assise à même le sol, elle est dépourvue de vêtements, elle marche la tête baissée avec les poings fermés et le visage est couvert de cendres ou de kaolin blanc en signe de deuil. Dans d’autres tribus, les veuves s’asseyent au sol, ne saluent personne par la main, ne mangent que des repas secs, ne boivent pas d’eau jusqu’au jour de la levée de corps de leur époux.

 Lorsqu’une femme perd son mari, les rites d’après enterrement voudraient qu’elle passe une période (entre 3 jours et 9 semaines), dans une série de rituels, non seulement pour pleurer son mari, mais souvent décrite comme un signe qu’elle n’a rien à voir avec la mort de son mari. Selon des régions, ces pratiques consistent à marcher pieds nu, dormir sur le sol, manger sur la même assiette qui n’est jamais lavée pendant toute la période, ne jamais avoir sa douche intime, s’asseoir près du corps de son mari ou même parfois passer une nuit près, prendre une douche en public, stimuler les rapports sexuels en public, et tant d’autres violences physiques et psychologiques.

Après l’inhumation du défunt

Après l’inhumation, la veuve est soumise à une autre série d’épreuves. Chaque matin, elle est contrainte d’effectuer une course à pied. Le corps à moitié nu. Et pendant celle-ci le corps est à la merci des moustiques, de la première rosée du matin et des herbes épineuses. Cette étape est appelée la course de « l’antilope ».

Puis chargée d’un tronc de bananier dont les feuilles trainent à même le sol, elle doit effectuer le tour de la concession familiale. A sa suite ses belles sœurs lui courent après en piétinant lesdites feuilles dans le but de ralentir sa course et d’augmenter son effort. Au cas où elle tombe, elle est fouettée avec les nervures de bananier. Ensuite elle est chargée d’un caillou sur la tête avec lequel elle effectue une danse tout en criant le nom de son regretté mari. Et pendant qu’elle chante, elle est battue par sa belle-famille sous prétexte qu’elle est la cause du décès de son mari. Bien sur ces rites varient d’une tribu à une autre mais en général c’est le même fil conducteur.

Le rite de veuvage pratiqué sur la femme est jugé très contraignant par rapport à celui de l’homme. Dans certaines familles on le justifie par le fait que la coutume du veuvage est une manière pour la femme de rembourser la dot que le défunt a versé avant de la prendre pour femme.  Et chez d’autres, cela se justifie dans le cas des mariages mixtes. Lorsqu’une femme  va en mariage dans une autre tribu, elle fait l’objet de brimades surtout, si elle ne maîtrise pas la coutume de veuvage de sa belle-famille.

« Le décès d’un conjoint est un traumatisme, qui est source pour la conjointe survivante d’un risque accru de dépression et de dégradation de la santé. La présence chaleureuse de proches et de la famille, et éventuellement l’aide d’un psychologue est le meilleur moyen de soutenir la veuve » soutient Dr NEWA, Psychologue dans une clinique à Douala.

Chez l’homme par contre, il est très flexible. Et cela ne se rétrécit qu’aux présents distribués aux membres de la famille de la défunte. Au regard des différences et des déviations épiées pendant le rite de veuvage, l’on s’interroge sur le fait qu’il existe encore ce genre de pratique aujourd’hui et donc si cela vaut encore la peine de l’accepter?

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